'.19.'

N° 19 - La Première période intermédiaire (seconde partie) - novembre 2000





- Editorial -



Suite du précédent dossier (Égypte Afrique et Orient n° 18, août 2000), cette série d'articles consacrée à la Première Période intermédiaire s'appuie d'abord sur des sources philologiques : une littérature, communément qualifiée de "pessimiste" par les égyptologues, qui fait sûrement référence à des faits contemporains marqués par des luttes de pouvoir et des bouleversements sociaux. C'est ensuite la documentation archéologique qui est exploitée : essentiellement des tombes situées à Deir al-Bahari, Assiout, Beni-Hassan et Saqqâra (voir la carte ci-contre) ; grâce à l'analyse des restes humains et du mobilier funéraire de soldats et de nobles, elle permet d'étudier la mentalité des hommes de ce temps et de proposer des hypothèses relatives au dénouement de la guerre entre Héracléopolis et Thèbes.
C'est à travers un texte de propagande royale datant peut-être du début de la XIIe dynastie et fictivement attribué à un souverain de la Xe dynastie héracléopolitaine, l'Enseignement à Mérykarê, que Sydney Aufrère identifie des traces de la guerre civile ayant opposée les deux confédérations rivales. Cet Enseignement, dont la valeur sociale plus qu'historique ne fait aucun doute pour l'auteur, livre une réflexion sur le difficile exercice du pouvoir, et laisse filtrer une évolution significative des mentalités chez les souverains du Moyen Empire par rapport à ceux de l'Ancien Empire. Il évoque, en outre, les relations de méfiance à l'encontre des Libyens et des Asiatiques.
Oeuvre narrative appartenant également à la littérature dite "pessimiste", le Dialogue d'un homme avec son âme est traduit et commenté par Bernard Mathieu, avec la rigueur qui convient à ce genre d'exercice. Sans nier la qualité des thèmes philosophiques développés dans le texte et mettant en avant son remarquable caractère littéraire, l'égyptologue défend la thèse d'une finalité franchement idéologique. Il explique clairement le contenu du Dialogue et sa raison d'être ; celui-ci, comme d'autres oeuvres littéraires de l'Ancienne Égypte, constitue pour lui un "véritable traité sur la maât", concept à propos duquel, suivant les théories initiées par l'Allemand Jan Assmann, il livre ici une précieuse synthèse.
Le cirque de Deir al-Bahari fut, au début du XXe siècle, le théâtre d'une découverte importante pour l'histoire de la fin de la PPI, celle de soixante soldats de Montouhotep II tombés lors d'un combat les opposant à d'autres Égyptiens. Les indices recueillis donnent des informations sur les hommes de troupe, leur âge, leur armement, la nature de leurs blessures et les circonstances de leur mort, les conditions de la conservation et de la récupération des corps. Ils permettent, en fin de compte, à Sydney Aufrère de porter un regard sur le contexte historique et la possibilité d'une mise en relation avec la prise d'Héracléopolis, vers 2040 av. J.-C. qui clôt la PPI. C'est enfin le thème de la mort qui est abordé grâce à l'étude des tombes du chancelier Nakhty et du nomarque Mesehty. Bien que les armes ne soient pas absentes du viatique dans les Textes des Pyramides (Ancien Empire), l'auteur pense que les objets et les textes retrouvés dans ces tombes traduisent de profonds changements dans la conception de la vie post mortem des Égyptiens, largement influencée par l'insécurité de la vie terrestre durant cette époque.
Dans les dernières pages de ce numéro, Bernadette Menu, ancienne élève de Jean Vercoutter, rend hommage à son maître récemment disparu. Rappelons que celui-ci nous avait fait l'honneur d'écrire un article sur la navigation au sud de la première cataracte pour le premier numéro d'Égypte Afrique et Orient en 1996.

Thierry-Louis Bergerot


commanderCommander >