N° 22 - Le temps de Seth : la violence et le mal dans l'égypte ancienne - septembre 2001
- Editorial -
La conception de l'histoire qu'avaient les Anciens Égyptiens est foncièrement dynamique : le monde doit être en expansion perpétuelle. Cette dynamique - il ne s'agit pas de maintenir la création dans ses limites originelles, mais d'étendre quantitativement ce qui existe qualitativement - est la condition sine qua non de la conservation du monde, de son maintien hors du chaos. Dans un tel paysage cosmologique, les périodes de trouble prennent une dimension particulière, quand l'équilibre vient être rompu, le mouvement d'expansion se gâter. Aussi Claude Vandersleyen revient-il sur la Deuxième Période intermédiaire et nous présente-t-il plus précisément l'installation des princes hyksôs au pouvoir, et les tentatives de reconquête, finalement victorieuses, des chefs égyptiens.
Seth est le meurtrier d'Osiris. Il en est aussi le frère et d'emblée, c'est toute l'ambiguïté de la figure séthienne, mais aussi toute sa nécessité, qui surgissent : il ne peut être question d'éradiquer le mal qu'incarnerait Seth, car il est nécessaire au mouvement du monde, au maintien dynamique d'une dialectique entre des forces contraires. La figure de Seth traduit donc une vision du monde. Dès lors, on peut avancer l'hypothèse selon laquelle l'évolution de cette figure suit celle des conceptions égyptiennes, au gré de l'histoire, des ouvertures et des contacts. C'est ce que montre David Fabre : d'abord pilier de l'ordre cosmique, Seth incarne de plus en plus le fauteur de trouble et finit par être banni. Au Nouvel Empire, Seth occupe en effet une place centrale, indissociable de la force conquérante et de l'expansion de l'Égypte. La Troisième Période intermédiaire, la déliquescence du pouvoir pharaonique, médiateur essentiel entre les dieux et les hommes, le développement corrélatif d'une relation personnelle au dieu, mettent Seth au ban de la communauté divine. En un temps où l'Égypte est au centre des menées étrangères et où les cultes peuvent revêtir une dimension nationaliste, cette incarnation de l'altérité est naturellement l'objet de toutes les exécrations.
Mais le mouvement syncrétique grec donne une nouvelle vigueur Seth en l'associant au titan des origines, Typhon. C'est là l'objet du second article de David Fabre. Typhon-Seth est en effet l'antithèse nécessaire au système grec, héritée de l'idée platonicienne d'un monde mu par deux âmes, celle du bien et celle du mal, qui recoupe des réalités égyptiennes. Seth, par sa participation au cycle osiriaque, insère alors le couple de dieux dans les croyances funéraires, mais aussi dans les pratiques magiques, qui donnent accès à la vie quotidienne, et les angoisses de tous les jours. Mettre à mort Seth perpétuellement, mais parce qu'il est perpétuellement présent.
