N° 23 - Les Canidés dans l'égypte ancienne. De l'histoire aux croyances et aux mythes - novembre 2001
- Editorial -
Consacrer un numéro entier aux chiens dans l'Égypte ancienne, n'était-ce pas courir le risque d'être taxé d'une complaisance au détail, voire de zoolâtrie ? Le sujet pouvait en effet paraître marginal, et pourtant il nous renseigne tout la fois sur la vie quotidienne et sur des pratiques cultuelles importantes et répandues la Basse Époque. C'est que les chiens, loin de n'être qu'un aspect du bestiaire égyptien, jouent un rôle remarqué dans la vie quotidienne, dans les thèmes iconographiques, mais n'en incarnent pas moins de grands dieux, tels Anubis ou Oupouaout.
La relation des Égyptiens aux chiens pouvait être de nature utilitaire. C'est ce que montre l'article de Guillemette Andreu travers l'analyse du titre de maître-chien au Moyen Empire, qui nous informe en outre sur le maintien de l'ordre en Égypte par des fonctionnaires royaux. Leurs lévriers de meute contribuaient aux expéditions de police et la sécurité des déplacements dans le désert.
Mais les canidés pouvaient tout aussi bien relever du domaine strictement cultuel. Alain Charron explique ainsi le rôle de ces animaux dans des cultes de la Basse Époque. Images d'Anubis ou d'Oupouaout, ils n'avaient d'ailleurs de valeur que par rapport au dieu qu'ils représentaient. Multiples, indifférenciés et réduits leur fonction d'ex-voto, ils ne connaissaient donc pas, contrairement Apis par exemple, de traitement divin durant leur vie, et n'étaient élevés qu'en vue d'une mort provoquée par les prêtres.
Culturellement, la figure du chien n'est pas indifférente. Aussi, Sydney Aufrère s'intéresse-t-il l'association, aux époques tardives, du chien et du motif de l'adultère. Le Papyrus Jumilhac nous rapporte ainsi une histoire pour le moins scabreuse - quelles qu'en soient les dimensions symboliques et religieuses - des mésaventures phalliques de Bébon. Mais si les vertus lubriques du chien ont pu susciter une élaboration théologique, ce sont avant tout les auteurs classiques qui scellèrent la réputation sulfureuse de l'animal.
Pour finir, S. Aufrère nous éloigne de l'Égypte ancienne et de ses occupations canines pour évoquer les angoisses des marins d'époque plus récente confrontés aux trésors de cette Égypte éteinte. Maints récits rapportent en effet les aventures de voyageurs contraints par la méfiance de l'équipage de jeter par dessus bord des reliques ramenées d'Égypte. Quand les superstitions de la mer rencontraient des momies...
