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N° 24 - Égyptiens et Grecs : ports et voyages maritimes - décembre 2001





- Editorial -



Pour clore l'année 2001, nous avons fait le choix d'un thème évoquant l'Égypte de la période grecque ou ptolémaïque (332-30 av. notre ère). Est-il bien utile de rappeler, d'une part l'extrême importance de ces trois siècles sur le plan historique et, d'autre part que la documentation, déjà très abondante, s'enrichit sans cesse de découvertes archéologiques dont la presse internationale se fait souvent l'écho ? Encore faut-il ne pas négliger, pour l'apport historique, les nombreuses recherches en bibliothèque, a priori moins spectaculaires, que nous avons voulu ici mettre en valeur (le sixième numéro de notre revue avait été consacré à Alexandrie et à l'exploration sous-marine de la zone située à proximité de l'emplacement présumé du célèbre phare).
Alexandrie, devenue la capitale de l'Égypte, est un port dont on connaît le rôle primordial à partir de sa fondation, cet aspect témoignant bien d'une politique tournée en direction de la mer et non plus essentiellement vers la très fertile vallée du Nil.
Au travers du règne de Ptolémée II Philadelphe, et délaissant quelque peu les hauts faits de la flotte alexandrine dans le Méditerranée orientale, Christophe Thiers centre son exposé sur les entreprises lagides en direction du continent africain via le Nil et surtout la mer Rouge, insistant particulièrement sur une intense activité liée à la stratégie militaire de l'époque, la capture d'éléphants destinés au combat.
C'est au regard porté par les Égyptiens sur la nouvelle cité, capitale des Grecs, que s'intéresse Michel Chauveau. Pourquoi, en effet, les autochtones (des habitants de la ville jusqu'aux hauts dignitaires du clergé égyptien) désignèrent-ils longtemps la cité alexandrine par un nom très réducteur et non par le nom dérivé de celui de son fondateur ? L'examen de cette problématique met en lumière des motivations profondes de la part des Égyptiens de cette époque et nous fait entrer dans l'histoire des représentations.
Alexandrie était donc une ville grecque, et, comme le montre l'article de Michel Chauveau, perçue comme telle ; mais jusqu'à quel point la cité et ses faubourgs pouvaient-ils représenter le reflet de leur modèle culturel : par exemple dans le cas du faubourg d'Éleusis, l'Éleusis d'Attique ? C'est à cette question que Christophe Chandezon consacre une recherche prenant en compte de multiples sources, qu'elles soient géographiques, historiques ou encore issues de la littérature classique. Il est bien tentant en effet de faire de cette seconde Éleusis le théâtre des cultes à mystères célébrés en l'honneur de Déméter à Éleusis, à l'ouest d'Athènes... À cette idée s'oppose naturellement l'interdit qui pesait sur le culte éleusiaque d'être exporté, mais dans la mesure où plusieurs témoignages attestent la diffusion des eleusinia en différents lieux de l'empire d'Alexandre, le dossier méritait d'être de nouveau ouvert.
Enfin, Jean Yoyotte nous fait l'honneur d'un article consacré à la découverte du site de Thônis-Héracléion. Ne négligeant aucun indice exploitable, l'égyptologue confronte les résultats d'une minutieuse enquête aux trouvailles issues des fouilles (dirigées par Franck Goddio) effectuées dans les eaux de la baie d'Aboukir. Chacun appréciera l'importance de la découverte en même temps que la grande pertinence de l'étude que l'auteur livre dans nos pages.
En marge de cette "histoire" de l'Égypte ptolémaïque, Jérôme Rizzo nous entraîne dans les spécificités de la pensée égyptienne qui ne peuvent émerger que de l'étude de concepts dont la simple traduction ne rend pas la plénitude de sens. Le chercheur s'est plié à l'exercice pour le principe de la fatalité-jy.t.

Thierry-Louis Bergerot


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