N° 26 - Éducation, enseignement et pédagogie en égypte - juillet 2002
- Editorial -
Selon l'ouverture de l'étude décisive et fondatrice de Henri-Irénée Marrou sur l'éducation dans l'Antiquité, "l'Éducation est la technique collective par laquelle une société initie sa jeune génération aux valeurs et aux techniques qui caractérisent la vie de sa civilisation". Dès lors, l'éducation semble être la fois le miroir d'une culture et la perception consciente qu'en avait ses protagonistes. Oeuvre de transmission, elle est par nature conservatrice.
L'enseignement participe de l'éducation : celle-ci fait advenir l'homme selon un certain modèle, celui-l transmet un savoir. Quant la pédagogie, elle est le véhicule de cette formation, sa méthode.
La formation des jeunes gens en Égypte reste marquée par la différenciation sociale : l'école n'apprend pas lire et écrire une classe d'âge, mais forme des scribes, maîtres des secrets de l'écriture, fonctionnaires issus d'une classe sociale élevée, qui mettront leur connaissance au service de l'administration royale. Partant, il est tout naturel de voir cet enseignement transmettre un idéal social empreint de loyalisme : il s'agit aussi bien de former le caractère et l'âme d'un individu, destiné vivre en société, acteur de sa cohésion sociale.
Les Sagesses ou Enseignements, genre littéraire répandu dans tout le Proche Orient - que l'on veuille seulement songer au Livre des Proverbes dans la Bible - montrent bien cette dimension pratique, voire utilitaire, d'un enseignement dimension sociale. C'est ce qu'illustre parfaitement l'article d'Alessandro Roccati. Dans le même sens, Laurent Coulon montre combien les Enseignements dévoilent une véritable éthique de cour et révèlent la figure du courtisan, la fois haut dirigeant et personnage bien policé.
Didier Devauchelle et Jean-Louis Fort explorent davantage la dimension pédagogique du sujet en exposant les techniques d'apprentissage des deux écritures les plus tardives de l'égyptien ancien. Le démotique, simplification de la cursive hiératique, note partir du VIIe siècle avant Jésus-Christ l'état de langue atteint par l'égyptien. Comme le montre D. Devauchelle, il semble que son apprentissage était conjugué celui du vocabulaire, de la grammaire et des mathématiques. Avec l'enseignement du copte, ultime transformation de l'égyptien, nous touchons l'éducation classique du monde méditerranéen dont parlait H.-I Marrou. Contrairement aux systèmes précédents, le copte utilise une notation alphabétique ; l'apprentissage de l'écriture passait donc par le syllabaire, des fins d'ailleurs plus graphiques que phonétiques, pour permettre l'élève de s'entraîner au tracé des lettres.
En marge de ce dossier, Bernadette Menu, historienne du droit et égyptologue, donne son point de vue sur un document relatif une affaire de vol de cuivre dans le fameux village des artisans du roi Deir al-Médîna.
Chloé Ragazzoli
