'.27.'

N° 27 - L'égypte et la Bible - novembre 2002





- Editorial -



Entre l'Égypte et la Bible, les liens ont mille fois été tissés et pourtant la discussion n'a pas été épuisée ; l'histoire non plus. Et ce dossier entend bien tourner le dos à la controverse, privilégiant au contraire certains constats résoluments historiques. D'ailleurs et préalablement à toute recherche scientifique, il est bien évident que, lorsqu'il se penche sur l'Égypte et son rapport au monde biblique, l'historien ne peut réellement envisager son objet d'étude que désinvesti par les questions de foi.
Renonçant logiquement au dessein de trouver au travers d'une stricte démarche historique les faits mentionnés dans le texte biblique, ce numéro tente de montrer les rapports possibles entre deux disciplines, l'égyptologie et les études bibliques, dont l'objet est spatialement et temporellement voisin. Il permet en outre de faire le point, historiographique et méthodologique, sur les enjeux de tels rapprochements. Ainsi, les articles de ce dossier proposent trois approches à la fois différentes et complémentaires.
Dans son article sur la recherche de Moïse Youri Volokhine montre les tentatives, de Manéthon aux historiens contemporains, en passant par Flavius Josèphe et Édouard Naville, de donner une assise historique au personnage de Moïse, avec des visées cependant bien différentes, selon époques et auteurs : alimenter un propos antisémite pour Manéthon, fonder l'ancienneté du peuple juif pour Josèphe, donner une explication névrotique à l'antisémitisme pour Freud. Cette approche très historiographique du problème n'empêche d'ailleurs en rien de souligner la valeur documentaire des textes testamentaires, pour la toponymie et l'onomastique notamment.
Avec l'épisode remarquable du temple d'Onias, Alain Zivie montre, au terme d'une enquête très documentée, comment, d'un point de vue historique et non plus biblique, archéologie et Bible peuvent s'associer dans la compréhension du terrain.
Christian Cannuyer ouvre la perspective sur un troisième usage du texte biblique, celui d'un objet littéraire émanant d'un même contexte culturel sémite. La comparaison entre deux personnifications de la sagesse, la Maât égyptienne et la Hokmâh des livres sapientiaux, témoigne, dans les rapprochements et distinctions, de l'expression de traditions culturelles assez proches, mais toujours singulières.
Deux comptes rendus viennent compléter ce dossier et éclairer des positions historiographiques opposées : Matthieu Cassin recense l'ouvrage de Jan Assmann, Moïse l'égyptien, dans lequel Moïse n'est plus envisagé comme un personnage de l'histoire, mais bien de la mémoire : c'est à ce seul titre qu'il joue un rôle dans notre propre histoire ; et Chr. Cannuyer le livre de J.K. Hoffmeier sur l'authenticité de l'Exode, illustration d'une position maximaliste qui entend fonder historiquement le contenu de la Bible.
Au total, il reste donc, au carrefour de l'Égypte et du texte biblique, le rêve un peu romantique de retrouver sur le terrain les figures de la littérature, des mythes et de la religion, comme Schliemann sur les traces d'Agamemnon, et d'autre part une Bible comme témoin littéraire d'un monde proche-oriental, à la manière de l'Iliade pour la Grèce archaïque.
Nadine Guilhou évoque la figure haute en couleur de l'Italien Belzoni qui parcourut l'Égypte au début du XIXe siècle à la recherche, comme quelques-uns de ses contemporains, aventuriers d'une égyptologie naissante, de trésors archéologiques notamment à Gîza, Thèbes et Abou Simbel.


commanderCommander >