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N° 28 - L'époque saïte - février 2003





- Editorial -



Ce dossier, que nous consacrons à la XXVIe dynastie, se veut le reflet d'une certaine actualité de la recherche égyptologique sur cette flamboyante ère dite "saïte", du nom de cette cité du Delta (Saïs) dont sont originaires - au VIIe siècle av. J.C. - ses souverains. Après des siècles d'"anarchie libyenne" et de domination éthiopienne, l'Égypte retrouve alors à la fois indépendance politique et rayonnement culturel, puisant dans les fondements artistiques et idéologiques d'un glorieux passé pour nourrir ce qu'il est convenu d'appeler la "renaissance saïte". Pour progresser dans la compréhension de l'histoire de cette époque que l'on connaît parfois mieux par les auteurs grecs que par les monuments égyptiens, la recherche récente s'appuie aussi bien sur une reprise raisonnée de la documentation ancienne que sur de nouvelles découvertes archéologiques. Les textes de cette période, dispersés jusqu'alors au fil de la documentation, deviennent peu à peu accessibles sous forme de corpus, au travers du premier volume du Recueil d'inscriptions royales saïtes qui vient d'être publié par Olivier Perdu (voir p. 69). De nombreuses statues de Basse Époque issues de la Cachette de Karnak, longtemps inédites, ont été publiées récemment, sous forme de catalogue pour celles conservées au Caire. Par ailleurs, des études archéologiques apportent de nouveaux éclairages sur les sites de Saïs et de Thèbes à cette période.
Les contributions présentées dans ce numéro s'articulent d'ailleurs autour de ces deux pôles géographiques et politiques. Côté Saïs, le fondateur de la dynastie, Psammétique Ier est présenté par Olivier Perdu ; celui-ci brosse un portrait qui restitue toute l'importance des réalisations de ce règne et montre comment le souverain a habilement élargi sa sphère de pouvoir du Delta à l'ensemble de l'Égypte. D'un point de vue archéologique, François Leclère ressuscite, au travers d'une enquête minutieuse sur les témoignages anciens sur Saïs et les faibles vestiges encore présents, la topographie de la prestigieuse métropole dédiée à la déesse Neith. Côté Thèbes, Jack A. Josephson montre l'autonomie particulière dont a joui la région durant la période de transition entre la XXVe et la XXVIe dynastie en évoquant le rôle prééminent d'un personnage tel que Montouemhat. La mainmise des Saïtes sur Thèbes ne pourra enfin s'affirmer que par la promotion à la fonction quasi-royale de Divine Adoratrice, c'est-à-dire d'Épouse d'Amon de Karnak, de la fille de Psammétique Ier, Nitocris, à laquelle succèdera ensuite Ânkhnesneferibrê, fille de Psammétique II. C'est une des constructions de cette dernière qui constitue le sujet de l'étude de Laurent Coulon. Il présente ici les premiers résultats d'un chantier en cours sur la chapelle d'Osiris Ounnefer "maître des aliments" à Karnak, témoignant de la vitalité du culte d'Osiris à cette période. Enfin, l'analyse minutieuse des statues saïtes retrouvées à Thèbes permet à Herman De Meulenaere de circonscrire très précisément l'influence des tendances archaïsantes de la "renaissance saïte" dans le domaine thébain, tout en apportant des critères nouveaux pour la datation de certains monuments.

Thierry-Louis Bergerot


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