N° 29 - Quelques aspects de la littérature égyptienne - juin 2003
- Editorial -
Bien qu'on ne puisse leur nier un réel sens esthétique, les oeuvres littéraires transmises par l'antique civilisation de l'Égypte apparaissent relativement éloignées de notre conception actuelle de la littérature. Depuis le travail marquant de Georges Posener sur ce sujet, plusieurs égyptologues se sont attachés mettre en relief l'originalité de cette expression dont le sens profond est essentiellement déterminé par le contexte spatio-temporel et par la fonction des textes.
Nous avons voulu donner ici un aperçu des divers genres littéraires en ciblant des textes d'époque tardive, en écriture démotique pour la plupart, peut-être plus méconnus des amateurs mais dont l'intérêt est évident. Est-il cependant encore besoin de préciser que la civilisation égyptienne ne disparaît pas la fin du Nouvel Empire ?
Un bref article de Ghislaine Widmer met en relation un ostracon trouvé Deir al-Médîna avec une scène du temple de Dakka. Confronté aussi des textes d'époques ptolémaïque et romaine, elle montre que cette représentation pourrait bien être l'illustration d'un mythe bien connu la Basse Époque dont l'existence remonterait dans ce cas au moins au Nouvel Empire.
Confrontant, elle aussi des sources égyptiennes et grecques, Michèle Broze tente de démontrer, au travers du thème du rire et des larmes du démiurge, que des échanges intellectuels entre Grecs et Égyptiens existaient bel et bien la Basse Époque.
L'égyptologue allemand Joachim Friedrich Quack nous fait part de ce que l'on peut qualifier de découverte : un manuel du temple exhumé grâce de véritables fouilles dans les musées. Ici encore, la mise en relation des documents écrits en égyptien classique, en hiératique et en démotique apporte une mine d'informations, cette fois sur la vie des prêtres dans les temples différentes époques.
D'une tout autre nature, les romans du Cycle d'Inaros et de Pédoubastis (écrits en démotique), présentés par Michel Chauveau, ne sont que pure fiction. Cela n'empêche toutefois pas des allusions historiques, qui d'ailleurs suscitent bien des controverses. L'auteur a choisi de livrer la traduction du récit sans doute le plus singulier de cette oeuvre : Pétékhons et les Amazones, qui, au-del de son intérêt scientifique et littéraire, piquera coup sûr la curiosité du lecteur.
Autre manuscrit démotique, le poème satirique du Harpiste dévoyé étonne au prime abord par son contenu : un harpiste est la cible des critiques les plus acerbes, qu'il s'agisse du personnage même ou de l'"art" qu'il prétend exercer. Après avoir présenté et commenté le texte, Philippe Collombert discute la possibilité de déceler clairement une influence grecque dans le fond ou dans la forme de l'oeuvre. Quelques considérations intéressantes sur les harpistes égyptiens (connus le plus souvent par des représentations peintes ou sculptées) précèdent la traduction du manuscrit.
Spécialiste reconnu de l'écriture démotique, Didier Devauchelle s'attache l'étude d'une "sagesse" (genre littéraire très prisé en Égypte) de Basse Époque dont il tire une analyse littéraire et historique riche d'enseignements. Ce témoignage, représentatif d'une longue tradition, livre, par exemple, des sentences rapprocher très franchement des proverbes internationaux tels que nous en connaissons beaucoup de nos jours.
Pour en terminer avec ce thème, Chloé Ragazzoli rend compte des actes d'un important colloque sur la littérature prouvant une fois de plus que la recherche est toujours très active dans ce domaine.
Pour introduire le second volet de ce numéro, au moment de tirer le bilan de la magnifique exposition dont il était l'auteur, Jean-Luc Bovot présente un historique de l'exceptionnelle collection de "serviteurs funéraires" du Louvre dont un certain nombre (seulement) composait la majorité des pièces montrées aux visiteurs. Il n'est d'ailleurs pas inutile, je crois, de souligner l'enthousiasme de ces mêmes visiteurs pendant toute la durée de l'exposition.
Thierry-Louis Bergerot
