N° 31 - L'art du Moyen Empire II - octobre 2003
- Editorial -
L'architecture militaire du Moyen Empire est connue grâce en particulier aux forteresses de Nubie, comme celle de Bouhen, qui ont pour beaucoup été immergées dans les eaux du lac Nasser. Chacun sait ce qu'il en est de l'architecture civile et que, malheureusement aussi, bien peu subsiste de l'architecture religieuse. La fameuse chapelle blanche de Sésostris Ier reste toutefois un des joyaux du musée en plein air des temples de Karnak (en couverture). L'architecture funéraire est, pour sa part, représentée par des tombes, généralement rupestres, souvent remarquables par leur architecture même et la qualité de leur décoration. Destinées aux nomarques et autres dignitaires du royaume, elles se situent à Beni Hassan, El-Bersheh, Meir, Assiout, Thèbes, Assouan, etc. Florence Maruéjol a choisi d'évoquer la tombe de Khnoumhotep II à Beni Hassan car elle se distingue par sa réalisation des autres tombes de la nécropole. L'auteur rappelle le caractère unique de ce monument, brossant succinctement l'historique des occupations postérieures et de son exploration à l'époque moderne. Elle décrit la tombe ainsi que son décor, unique par bien des aspects. Par ailleurs, l'autobiographie de Khnoumhotep apporte de précieuses informations sur l'histoire de son temps.
Le vestige architectural le plus significatif et le plus ancien de ce qui deviendra une époque d'apogée pour l'Égypte est sans doute le complexe funéraire de Nebhépetrê Montouhotep II, au pied de la falaise de Deir al-Bahari. Les autres rois du Moyen Empire disposaient de pyramides pour leur vie éternelle mais les fameux Textes des Pyramides n'étaient plus gravés sur les parois des chambres funéraires. En revanche, ces textes réapparaissent mais, cette fois, dans un contexte privé. Cette période nous a en particulier légué des cercueils de bois très caractéristiques : leur décor comporte diverses représentations rituelles mais surtout des inscriptions appelées par les égyptologues Textes des Sarcophages, ceux-ci trouvant précisément leur origine dans les Textes des Pyramides. Comme ces derniers, les Textes des Sarcophages constituent un corpus considérable, très appréciable en particulier pour l'étude de la religion égyptienne. Manuela Gander qui effectue actuellement une recherche sur les cercueils du Moyen Empire nous présente ce type de documents qui n'est pas sans poser encore de nombreux problèmes scientifiques.
Le précédent numéro de la revue contenait la première partie du long article de Biri Fay sur l'art du Moyen Empire. Celui-ci nous a fait découvrir des objets tout à fait représentatifs de la qualité des ateliers de l'époque. La seconde partie est consacrée à des objets tout aussi rares et remarquables sur le plan artistique.
Démarche originale que celle de Richard Parkinson à propos des oeuvres littéraires du Moyen Empire : il développe en effet une réflexion qui nous permet d'appréhender les textes poétiques non plus comme de simples documents historiques (ou archéologiques) parmi d'autres mais bien comme des oeuvres d'art.
Enfin, Eliese-Sophia Lincke commente pour nous l'exposition et le catalogue "Ägypten 2000". Cette exposition fut un événement égyptologique en Allemagne : au moment de l'achèvement du deuxième millénaire de l'ère chrétienne, c'était une belle idée que celle d'évoquer, au travers d'oeuvres majeures, l'art égyptien du début du deuxième millénaire avant notre ère.
Pour compléter ce numéro, nous avons pensé qu'il serait intéressant de réunir des contributions liées à l'étude des momies ou des restes humains. On ne néglige plus aujourd'hui l'apport que constituent ces champs de recherche pour l'égyptologie et plus généralement pour l'histoire. Philippe Charlier et Patrice Georges nous font l'amitié de présenter leurs disciplines, la paléopathologie pour le premier et la paléoanthropologie pour le second. Ces deux domaines, bien que complémentaires, présentent des différences dont nos lecteurs pourront apprécier ici la subtilité.
Thierry-Louis Bergerot
