N° 32 - Les fêtes dans l'égypte des Ptolémées - décembre 2003
- Editorial -
La fête est un évènement central de la vie religieuse égyptienne : elle est l'occasion d'une épiphanie de la divinité parmi les hommes et donc le temps privilégié d'une rencontre entre les Égyptiens et leurs dieux. L'acte le plus important de ces manifestations est généralement la sortie hors du temple de la statue de la divinité ou du roi, celle-ci étant accompagnée d'une procession pouvant attirer une population très nombreuse, c'est-à -dire parfois plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Si l'on peut reconstituer en partie les festivités qui animent Thèbes au Nouvel Empire ou encore les Mystères d'Abydos au Moyen Empire, les fêtes de l'époque gréco-romaine sont infiniment mieux connues grâce en particulier aux inscriptions des temples construits au cours de cette période. Grâce à cette documentation foisonnante Serge Sauneron, Maurice Alliot ou Sylvie Cauville ont pu consacrer des monographies détaillées aux festivités d'Esna, d'Edfou ou de Dendara.
La première contribution du dossier, celle de Ghislaine Widmer, met en lumière l'intérêt exceptionnel d'une documentation moins connue et a priori plus modeste (papyrus, ou diverses pièces archéologiques) concernant les fêtes en l'honneur de Sobek qui se déroulaient dans le Fayoum, cette région étant à cette époque le véritable centre cultuel de cette divinité crocodile. Même si les détails du déroulement de ces fêtes restent parfois difficiles à préciser, la richesse du mobilier cultuel préservé permet souvent de reconstituer une image plus précise du faste des processions.
Christophe Thiers évoque ensuite les fêtes centrées autour des sorties processionnelles de la statue du souverain lagide. Il distingue à ce propos les régions fortement hellénisées des autres régions du pays dans lesquelles la population était très majoritairement égyptienne. Dans le second cas, la fête permettait une action de propagande de la part du clergé égyptien au bénéfice du souverain lagide. Mais ne faut-il pas déceler au-delà de la stratégie des Ptolémées un véritable système d'échange entre les dominateurs étrangers et la population locale ?
Emmanuel Louant traite des mammisis, petits édifices situés dans l'enceinte des grands temples ptolémaïques tels Dendara, Edfou ou Philae, à partir desquels les Égyptiens célébraient annuellement la naissance du dieu-fils, événement qui donnait lieu à une fête religieuse très importante par sa fonction et son exceptionnelle durée. Les dieux-enfants sont présentés par le chercheur belge comme le moteur de l'éternité dynamique de l'univers. Les scènes représentées sur les parois des mammisis, sans restituer fidèlement et complètement le déroulement des célébrations – leur fonction n'est d’ailleurs pas de décrire mais de perpétuer un rite – n'en apportent pas moins de précieuses informations.
L'intérêt que nous portons à l'histoire de l'Égypte ne peut occulter la passionnante aventure de l'égyptologie dont Jacques de Morgan fut un des plus dignes représentants. Andrée Jaunay connaît parfaitement la vie et l'œuvre de cet archéologue de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Elle le qualifie fort justement de "savant pluridisciplinaire" et illustre parfaitement cette définition en retraçant son parcours qui le conduisit d'abord en Perse où il accumula de grandes découvertes, puis en Égypte où il devint Directeur du service des antiquités et des musées.
Thierry-Louis Bergerot
