N° 34 - La XXe dynastie - juin 2004
- Editorial -
Le Nouvel Empire est une fois encore à l'honneur dans nos pages (voir notre précédent numéro) grâce à l'évocation de certains aspects de l'Égypte ramesside.
Pierre Grandet, auteur d'une thèse doctorale sur le papyrus Harris I, document central ayant trait au règne du troisième Ramsès, nous rappelle quelles sont les origines de la XXe dynastie : aspect qui n'est pas sans implications pour la suite des événements, sans doute jusqu'aux derniers Ramsès.
Au moment de l'avènement de la XXe dynastie, l'Égypte est encore le vaste royaume qu'ont établi les grands souverains du Nouvel Empire. Sethnakht, élevé à la dignité de roi au moment de l'extinction de la descendance de Ramsès II, trouve un pays troublé par la désorganisation de l'administration et de l'armée, et où l'institution monarchique même est affaiblie. Le fonctionnement de l'économie laisse à désirer, les cultes ne sont plus correctement assurés, les temples et leurs propriétés sont délaissés. Les Libyens menacent la vallée (en particulier les villes de Moyenne et de Haute-Égypte situées sur la rive ouest) par leurs incursions répétées et leur installation progressive dans la moitié occidentale du Delta. Dans la partie est du Delta, c'est à la pénétration d'Asiatiques que les Égyptiens doivent faire face.
Ramsès III est le deuxième roi de la dynastie et, de toute évidence, le plus important. Un règne de 31 ans, des campagnes militaires liées à une période de migrations dans le monde méditerranéen et proche-oriental, la réorganisation économique et administrative du pays, des constructions d'envergure (dont le très imposant temple de Médinet Habou), l'activité intense et les grèves des ouvriers de Deir al Médîna, une fête jubilaire, ou encore la "conspiration du Harem" sont autant de faits qui retiennent notre attention. Ce règne se situe, d'après l'auteur, à un moment charnière de l'histoire égyptienne, c'est-à -dire entre le Nouvel Empire et la Basse Époque. Les sources documentaires sont particulièrement abondantes et, parmi elles, nous ne mettrons jamais assez en avant l'importance de la documentation retrouvée dans le village des ouvriers de la Tombe à Deir al Médîna car, si à cette époque le centre du pouvoir se situe à Pi-Ramsès, les rois sont toujours inhumés dans la Vallée des Rois, et les tombes ramessides sont sans nul doute parmi les plus intéressantes de la nécropole thébaine. La tombe de Ramsès III est l'un des grands monuments du règne. Florence Mauric-Barberio, après avoir évoqué les conditions du creusement de la tombe, en décrit de façon très détaillée l'architecture et le programme iconographique. Elle met l'accent sur ses aspects originaux.
Andreas Dorn nous informe lui d'une découverte qui met en lumière l'activité qui prévalait dans ce ouadi, celle d'un campement d'ouvriers travaillant à l'excavation et à la décoration de la tombe de Ramsès IV. Divers objets trouvés in situ permettent de préciser ainsi la datation. Celui-ci comptait plusieurs dizaines de huttes où les ouvriers vivaient durant leur période de travail dans la Vallée des Rois. On apprend ainsi que la nécropole royale offrait une physionomie que l'on ne pouvait supposer telle a priori. La qualité de la documentation trouvée lors de ces recherches met en évidence divers aspects de la vie quotidienne des ouvriers de la Tombe, et même les pratiques linguistiques de leur temps.
Le film Pharaon, dont Jean-Luc Bovot nous propose la critique, traite justement de la période d'affaiblissement du pouvoir pharaonique à la fin de la XXe dynastie, aussi avons-nous choisi exeptionnellement de le faire figurer comme un préambule à notre dossier, même s'il ne prétend pas décrire la réalité historique de ce temps.
Enfin, avec une Histoire de fantôme égyptien, notre revue renoue avec son ancienne habitude de proposer aux lecteurs versés dans l'écriture hiéroglyphique, des textes originaux et leur traduction. L'apport historique de cet article peut évidemment tout aussi bien intéresser ceux qui ne se sont pas encore lancés dans cet apprentissage. En tout cas, nous sommes reconnaissants à Serge Rosmorduc de nous faire partager son travail sur ce document datant probablement de la XIXe dynastie dont, en outre, il présente les sources et propose une translittération.
Thierry-Louis Bergerot
