N° 35 - Crimes et châtiments dans l'ancienne égypte - octobre 2004
- Editorial -
Ce dossier proposé par Laure Bazin sur les Crimes et châtiments ou, autrement dit, le meurtre, en particulier celui du roi, et l'exécution qui est, cette époque, son inévitable conséquence, représente un bon exemple de sujet rarement traité, ailleurs que dans des travaux universitaires.
Le thème central est, bien entendu, celui du régicide dont on ne peut finalement guère faire la preuve, faute d'une documentation claire et fiable, même s'il est évident qu'un tel acte n'a pu manquer d'être perpétré dans l'Antiquité égyptienne.
Les sources d'époque pharaonique sont relativement rares ce propos. Aussi, comprend-on, de la part du grand public, cette idée reçue selon laquelle les Égyptiens, et Pharaon lui-même, étaient des gens très pacifiques. L'art égyptien, si l'on évoque par exemple les scènes peintes dans les tombes thébaines du Nouvel Empire, ne laisse pas entrevoir grand chose d'une quelconque cruauté. Peut-être cela change-t-il un peu lorsque, remontant dans le temps et envisageant les scènes des mastabas de l'Ancien Empire, on assiste des bastonnades ; celles-ci ne sont toutefois en aucun cas associées de véritables crimes. Bref, aucune scène d'exécution ne vient perturber l'oeil attentif du visiteur dans les monuments égyptiens.
C'est principalement au meurtre des rois que les trois premiers articles font référence. Marc Gabolde, après avoir évoqué le caractère sacrilège d'un tel acte, nous conduit dans l'enquête relative l'assassinat du prince hittite Zannanza, appelé monter sur le trône d'Égypte la suite d'Akhénaton. Les Lettres d'Amarna donnent de précieux renseignements qui permettent d'imaginer, outre des éclaircissements sur la succession d'Akhénaton, ce qui a pu arriver au malheureux fils de Shouppilioulouma.
Pascal Vernus, qui nous fait l'honneur d'écrire, pour la première fois, dans cette revue, revient sur une affaire qu'il connaît parfaitement : la conspiration ourdie contre Ramsès III au sujet de laquelle une passionnante documentation est parvenue jusqu' nous. L'auteur propose tout la fois une analyse historique de la fin du règne de Ramsès III, une étude phraséologique, une réflexion sur l'idéologie pharaonique, un récit relativement détaillé de la conspiration, du procès et de ses suites. D'un texte maintes fois étudié, il fait encore émerger des aspects nouveaux.
Ajoutant au meurtre l'accident et le suicide, Sydney Aufrère s'attache déchiffrer le sens du récit des morts violentes dont auraient été victimes certains souverains. Encore une fois, les sources anciennes (c'est--dire du temps des dynasties égyptiennes) étant peu nombreuses, c'est ici chez Manéthon, Hérodote ou Diodore que le fidèle auteur de notre revue tire la plupart des faits étayant son exposé.
Laure Bazin, s'appuyant sur des recherches récentes, centre son propos sur les lieux d'exécution dont on trouve également très peu de traces, autant dans les textes que dans les représentations. L'exécution d'Égyptiens, dans un cadre légal, ne peut être étudiée qu' partir de cas totalement isolés. Par ailleurs, il ne nous est parvenu aucun recueil de lois relatif aux actes considérés comme criminels et aux sanctions qui en découlaient. Il n'en demeure pas moins que les résultats de cette étude se révèlent très intéressants.
Thierry-Louis Bergerot
