N° 38 - La découverte des cachettes royales en égypte au XIXe siècle - juin 2005
- Editorial -
Le thème de notre long dossier, "Découvertes de tombes et cachettes royales en Égypte à la fin du XIXe siècle", concerne bien évidemment des moments très importants de l'aventure archéologique aux temps des grandes figures que furent Maspero, Loret ou de Morgan.
Ce sont les pillages successifs des tombes du Nouvel Empire, depuis la fin de l'époque ramesside, qui poussèrent, jusque sous les XXIe et XXIIe dynasties, les grands prêtres d'Amon à rassembler les momies royales afin de les cacher dans des tombes moins repérables que leurs somptueux hypogées de la Vallée des Rois.
Et ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que des découvertes archéologiques hors du commun permirent d'exhumer un certain nombre de souverains parmi les plus prestigieux de l'Égypte Antique.
La découverte de la Première cachette royale en 1881 est elle-même due aux actes de pillage perpétrés durant une dizaine d'années par les membres d'une famille de fellahs habitant sur la rive-ouest du Nil à Louqsor. En effet, l'apparition sur le marché des antiquités d'objets ayant appartenu au mobilier funéraire de Pinedjem Ier, dont la sépulture était demeurée inconnue des archéologues, avait suscité des interrogations chez les responsables du Service des Antiquités de l'Égypte. Ainsi, Ahmed et Mohammed 'Abd er-Rassoûl attirèrent bientôt les soupçons de Gaston Maspero venu à Louqsor pour enquêter à propos de cette affaire. Après l'arrestation d'Ahmed, le cadet de la famille, qui n'avoua rien de ses activités clandestines, le frère aîné, suivant l'avis de plusieurs membres de la famille 'Abd er-Rassoûl, décida de conduire le Préfet de Qéna jusqu'à la cachette. Quelques jours plus tard, Emil Brugsch, alors conservateur du Musée du Caire, fut chargé de vider la cachette de son contenu exceptionnel. Le film remarquable du réalisateur égyptien Shadi Abdelsalam rend d'ailleurs compte, dans une atmosphère particulièrement prenante et poétique, de cette aventure à la fois policière, archéologique et humaine.
La Deuxième cachette royale fut, quant à elle, découverte dans la Vallée des Rois par Victor Loret en 1898, à l'intérieur même de la tombe d'Amenhotep II. Là encore, quelques-uns des grands rois des XVIIIe, XIXe et XXe dynasties avaient été "entassés" pour échapper aux chasseurs de trésors des temps anciens. L'événement fut également d'une importance majeure.
Dans la région du Caire cette fois, la découverte de la tombe du roi Hor, peu de temps avant celle de la Deuxième cachette, en 1894, fut d'une nature, par bien des aspects, assez différente. Cette sépulture ne contenait certes qu'une seule dépouille de roi accompagnée d'un mobilier funéraire, plutôt modeste en comparaison de ceux du Nouvel Empire. Mais c'est un mystérieux souverain, probablement de la fin de la XIIe dynastie, qui venait d'apparaître grâce à la perspicacité de Jacques de Morgan. Une statue en bois protégée dans son naos constitue sans conteste la pièce le plus étonnante de la découverte racontée par Sydney Aufrère. En même temps qu'une nouvelle proposition sur la signification de cette statue, l'auteur évoque la polémique qui opposa de Morgan et Maspero à propos de la date présumée du règne de ce roi jusque-là inconnu.
Pourquoi revenir sur ces trouvailles aujourd'hui ? En réalité, et heureusement, leur ancienneté n'exclut pas la nouveauté des informations. Des fouilles récentes, menées par une équipe allemande et russe, dans la cachette de Deir al-Bahari (de 1998 à cette année même) ont permis d'effectuer de nouvelles découvertes, certes beaucoup moins spectaculaires que celles du temps de Maspero, mais qui apportent des indications ô combien dignes d'intérêt. Les auteurs des articles rappellent d'ailleurs dans quelles conditions et avec quelle rapidité s'effectua le vidage de la tombe, ou comment certains objets furent "perdus" ou dispersés. Les figurines funéraires, très nombreuses, en sont une belle illustration. Celles conservées au musée du Louvre sont ici recensées (et déchiffrées) par Jean-Luc Bovot, spécialiste de ce type d'objets. Les tablettes Rogers et Mac Cullum apportent, grâce au travail de Dominique Farout, des précisions sur le rôle des figurines dans l'Au-delà.
Une exploration (récente elle aussi) des archives Loret conservées à l'université de Milan offre un point de vue précis sur la manière dont l'égyptologue a effectué son travail sur le terrain. La découverte de la Deuxième cachette royale ne réjouit cependant pas tout le monde, et très vite, Loret dut faire face aux attaques des Anglais et de Maspero. Malgré tout, la trouvaille fut de taille. Luc Gabolde en décrit le contenu en essayant de déterminer l'identité possible de momies sans doute plusieurs fois déplacées ou manipulées, transférées d'un sarcophage à un autre, etc. Bref, en tout, dans ces articles, beaucoup de choses inédites ; et c'est en brossant de manière synthétique le tableau de l'Égypte de la fin du XIXe siècle que Robert Solé nous invite à entrer dans ce dossier.
