N° 40 - Musique, danse, réjouissance... - décembre 2005
- Editorial -
Y aurait-il dans les études égyptologiques des domaines de recherche moins fondamentaux que d'autres, par exemple la musique ou la danse par rapport la littérature ou la religion ? Si c'était le cas, ne serait-ce pas cause d'une grande disparité de la documentation. Celle concernant la littérature et la religion est en effet nettement plus abondante et révélatrice que celle concernant la musique, la danse ou le théâtre (art de représentation sur lequel nous reviendrons sans doute assez rapidement dans un prochain numéro de la revue).
S'agissant de la musique, aucune partition, aucun enregistrement (évidemment !), bien peu d'indications techniques... et ce ne sont pas les quelques instruments conservés qui permettront de retrouver ni une quelconque ligne mélodique, ni la moindre suite d'accords (pour n'évoquer que des aspects relativements basiques). Dans ce domaine donc, certaines interrogations resteront longtemps, voire toujours sans réponse. Sibylle Emerit, qui vient de terminer un patient travail de recherche sur les musiciens : chanteurs et instrumentistes de l'Égypte ancienne, propose ici d'envisager leur statut au sein de la société égyptienne. Ceux-ci étaient-ils de véritables artistes ? On peut en douter car, pour cela, encore aurait-il fallu qu'il y ait une création musicale. Or l'instar des peintres, sculpteurs, etc., les musiciens devaient être essentiellement les exécutants d'une expression ''artistique'' relativement canalisée, même si cela n'empêcha pas l'existence d'une véritable ''fibre artistique'' chez certains d'entre eux. Après tout, dans la société occidentale contemporaine, ouverte sur la création, si l'on considère le nombre de musiciens professionnels, combien d'entre-eux peut-on considérer comme de véritables artistes ? Certainement très peu, malgré l'excellent niveau technique que beaucoup atteignent !
C'est dans un contexte spécifiquement religieux que Dorothée Elwart traite d'un instrument de percussion bien particulier : le sistre. Et ce n'est pas tant dans ce cas l'instrument lui-même qui importe que la symbolique qui s'en dégage. Il était très intéressant de préciser le sens de cette offrande qui montre l'association d'une expression musicale avec un rituel.
Comme dans toute société la danse a dû jouer un rôle important dans le quotidien des Égyptiens, qu'il s'agisse d'une danse réservée aux dieux et aux défunts ou d'une danse profane. Danse et musique permettaient-ils sans doute de parvenir l'état de transe et d'extase tel le tarab des arabo-berbères. Mais pour apporter des informations précises sur ce sujet, il faut avouer que l aussi, la documentation n'est pas très abondante.
Cédric Gobeil attire notre attention sur une pratique qui ne nous est pas complètement inconnue : le port de la ''branche festive'' lié l'accueil et la joie, dont on trouve peut-être l'équivalent aujourd'hui encore dans certaines sociétés. La signification de cette tradition de l'ancienne Égypte méritait bien une description et une interprétation.
Glissant des ''réjouissances'' vers l'humour, Philippe Collombert et Youri Volokhine ont eu l'idée de ''fouiller'' les textes de leurs aînés pour mettre en lumière un état d'esprit surprenant de la part de scientifiques dont l'objectivité, sur tout les plans, ne devrait pouvoir être mise en doute. Que ne découvrons-nous pas dans ces pages ? Des supercheries, des mensonges, une incroyable malhonnêteté ? ou plutôt une pruderie, si grande qu'elle pousse parfois ses auteurs commettre des actes qui nous semblent aujourd'hui bien disproportionnés avec l'effet que la vérité nue aurait pu produire sur un public scientifique ou non-scientifique. D'un point de vue sociologique, cette courte étude historiographique sur l'auto-censure en égyptologie ne manque ni de piment, ni d'intérêt.
Thierry-Louis Bergerot
