N° 45 - Les tombes thébaines 29 et 96 - mars 2007
- Editorial -
Nous sommes très heureux de publier enfin ce numéro consacré au travail de la mission du Centre de recherches archéologiques de l'Université libre de Bruxelles. Qu'il soit comme un hommage Roland Tefnin, directeur de l'équipe de 1999 2006.
En même temps que les autres auteurs, dont certains sont ou ont été membres de la mission, nous remercions bien sûr très chaleureusement Laurent Bavay qui a largement œuvré la coordination de ce dossier. Lors de sa création, la Mission archéologique dans la Nécropole thébaine (MANT) s'est fixé un double objectif : premièrement, la conservation, la restauration et l'étude des peintures murales qui décorent les chapelles des tombes de Sennefer (TT 96) et d'Aménémopé (TT 29) ; deuxièmement, l'étude archéologique de la tombe d'Aménémopé. Mieux comprendre la structure et le fonctionnement d'une tombe thébaine de la XVIIIe dynastie et tenter de reconstituer l'histoire du secteur de cette tombe, depuis son creusement jusqu' nos jours, tel est le sens de l'intervention archéologique de la mission. Les deux tombes, creusées et décorées pour deux grands personnages, Sennefer, Prince de la ville de Thèbes sous le règne d'Amenhotep II, et Aménémopé vizir de ce même souverain, se situent sur le flanc sud de la colline de Cheikh abd el-Gourna. La TT 29 ne fut cependant sans doute jamais occupée par le vizir car, comme peut-être aussi son cousin Sennefer, Aménémopé eut le privilège d'être inhumé proximité de la tombe d'Amenhotep II, dans la Vallée des Rois.
La nécropole de Thèbes-ouest, avec plus de 400 tombes, constitue la plus extraordinaire collection de peinture antique. Roland Tefnin, en organisant un colloque Bruxelles en 1994, avait souhaité attirer l'attention du public sur les "dangers, chimiques et touristiques, qui guettent un des trésors les plus précieux du patrimoine mondial". C'est aussi ce qu'il écrivait dans Egypte Afrique & Orient 2 en 1996 (l'article est réédité ici, p. 65-71).
Malheureusement, Louqsor est le théâtre d'un autre drame, également dû aux dangers du tourisme. Celui-l, s'il concerne encore le patrimoine archéologique, concerne aussi la population pauvre de la ville, chassée pour laisser place nette aux nouveaux aménagements destinés au tourisme de masse. Mais qui s'intéresse aux pauvres gens dont les maisons en briques crues sont rasées et qui sont relogés dans des appartements sans âme situés hors de la ville, dans le désert ? Que sera le centre-ville sans l'ambiance des quartiers populaires ? Construites sur des tombes, les maisons traditionnelles de la rive-ouest sont elles aussi détruites. S'il est vrai qu'il est indispensable de préserver les tombes, que sera la Vallée des Nobles sans les villages que nous connaissons tous ? Que seront devenus tous ces gens que l'on voyait s'activer autour de leurs demeures où se sont succédé tant de générations ?
Et lorsqu'en ville les touristes, toujours plus nombreux, fouleront les dalles somptueuses des "couloirs" où leurs guides les entraînent, penseront-ils tous ces exclus qui ne sont pas nés au bon endroit et surtout au bon moment. Parmi ceux-là, n'y a-t-il pas cette jeune égyptienne figurée il y a si longtemps dans la tombe de Rekhmirê ? Sans doute y est-elle, avec tous les siens, et vit peut-être dans un nouveau ghetto. Malech', n'est-ce pas aussi cela la mondialisation et le progrès ?
