N° 46 - Les hiéroglyphes - juin 2007
- Editorial -
Les études paléographiques font actuellement l'objet de recherches et de publications dirigées par Dimitri Meeks pour le compte de l'Institut français d'archéologie orientale. Une collection Paléographie hiéroglyphique a d'ailleurs été créée cet effet. Elle est "consacrée l’étude des formes et des emplois des hiéroglyphes considérés dans leurs variantes typologiques et leur évolution au cours de l’histoire". Deux volumes sont déj parus. Le premier, Les architraves du temple d'Esna - Paléographie, est l'œuvre de Dimitri Meeks et le second, The Tomb of Sennedjem (TT1) in Deir el-Medina. Palaeography, est l'œuvre de Ben J.J. Haring. Un troisième volume rédigé par Khaled el Enany est en cours d'édition. Il est consacré la paléographie du petit temple d'Abou Simbel.
Les articles de ce numéro d'Égypte permettront sûrement au lecteur de mieux comprendre, outre la méthodologie suivie, l'intérêt d'un tel travail scientifique.
La paléographie hiéroglyphique est pour Dimitri Meeks "une discipline nouvelle". Jusqu' présent, en effet, les paléographes n'avaient pas envisagé d'étude systématique de ces signes alors qu'ils le faisaient pour d'autres formes d'écriture telles le hiératique ou le démotique. L'auteur rappelle tout de même que certains chercheurs, et non des moindres, se sont penchés sur le sujet avec des objectifs différents et justifie ensuite cette exploration des signes entamée il y a quelques années. Il s'agit de susciter une réflexion globale sur le système hiéroglyphique, son évolution – des époques les plus anciennes aux formes les plus ''récentes'' – de rendre la datation des textes plus fiable, de permettre une lecture des mots plus précise (elle s'en trouve d'ailleurs parfois grandement améliorée), d'identifier les rédacteurs des textes et les institutions d'où ils proviennent. Observer des éléments caractéristiques liées la culture égyptienne ou tenter des considérations d'ordre artistique sont autant d'aspects qui intéressent encore les paléographes.
Combien y avait-il de hiéroglyphes ? Étrange question puisque tout le monde, égyptologues compris, connaît les chiffres des signes, d'une part l'époque classique et d'autre part l'époque gréco-romaine. Philippe Collombert n'hésite pas bousculer des idées reçues en montrant que tout cela n'est pas aussi simple qu'il y parait.
Ivan Guermeur aborde les spécificités de l'épigraphie ptolémaïque au travers de relevés effectués sur le mammisi du temple de philae. Il attire notre attention sur les subtilités de cette écriture qui n'a rien de "secrète" comme beaucoup l'ont dit par le passé. Celle-ci est faite d'évolutions mais aussi, bien sûr, de permanences graphiques. L encore, certaines observations sont indispensables pour une lecture plus approfondie des textes.
Dominique Farout est ici l'auteur d'une bien passionnante enquête propos d'une forme d'écriture encore énigmatique pour les savants, celle laquelle on a attribué le nom de "protosinaïtique". Le chercheur montre le lien entre les hiéroglyphes et la naissance de l'alphabet. Pour se faire, il nous rappelle l'œuvre de l'abbé Barthélemy, un savant peu connu mais qui au XVIIIe siècle déj avait déterminé un lien probable entre le hiératique et le phénicien.
Thierry-Louis Bergerot
