N° 48 - Les sarcophages égyptiens - décembre 2007 - février 2008
- Editorial -
Est-il encore besoin de souligner l'importance du cercueil pour les Égyptiens de l'Antiquité ? Élément essentiel du mobilier funéraire, il est conçu comme une habitation pour le défunt, un environnement qui protège, mais qui permet également d'observer ce qui se déroule l'extérieur.
S'il fut une prison pour Osiris, il représente tout un univers mythologique pour celui qui effectue le grand voyage et qui est censé renaître, placé sous la protection de la déesse Nout, souvent figurée l'intérieur du couvercle. Documents archéologiques, iconographiques, épigraphiques, ils sont aussi de véritables objets d'art, comme le montre en particulier Andrzej Niwinski. On peut s'extasier longuement devant certaines pièces, même si l'on n'est pas rompu l'art du déchiffrement des scènes et des textes. En bois ou en pierre, le nombre très important de sarcophages égyptiens conservés dans les musées du monde permet aisément d'estimer leur évolution au fil du temps. À lui seul, le musée du Louvre offre de multiples témoignages depuis l'Ancien Empire jusqu' l'Époque Romaine. Marie-France Aubert, Jean-Luc Bovot et Patricia Rigault montrent l'éventail chronologique de la collection en même temps que la formidable variété des pièces partir de trois exemples comme celui du bien étonnant sarcophage miniature, petite pièce qui elle-même se transforme entre la fin de la XVIIe dynastie et la fin de la XVIIIe dynastie.
À partir de la fin de l'Ancien Empire, les Textes des Sarcophages gravés et peints sur les parois des cercueils sont comme un guide pour le défunt. Ils contribuent eux aussi sa protection, précisent ce quoi il peut s'attendre en matière de bien-être matériel ou de réunion avec ses parents et amis une fois parvenu dans l'au-del. Plus tard, les cercueils prennent la forme du corps. On les voit se couvrir de motifs compliqués et de couleurs vives. Les XXIe et XXIIe dynasties ont offert des pièces admirables qui ne sont pourtant pas les derniers chefs-d'œuvre que l'Égypte ait donnés. Les sarcophages deviennent en tout point impressionnants si l'on considère ceux des taureaux Apis trouvés dans le fameux Serapeum découvert par Auguste Mariette au milieu du xixe siècle ou les sarcophages des "taureaux sacrés, hypostases d'Hor-Merty, maître de Chédénou, incarnations d'Osiris-Rê". L aussi, des scènes méritaient que Nadine Guilhou s'y intéresse, d'autant que ces deux sarcophages du Musée du Caire sont encore largement inédits. Le recul du sarcophage l'époque romaine autorise l'émergence d'autres pratiques où se mêlent les traditions funéraires égyptiennes, d'une part, et gréco-romaines, d'autre part. Enveloppes de momies ou masques-plastrons en cartonnage ou en plâtre, linceuls stuqués ou portraits dits "du Fayoum" renouvellent complètement l'enveloppe du défunt tout en conservant de nombreux traits caractéristiques des traditions funéraires de l'Égypte millénaire. Les sarcophages, étudiés pour eux-mêmes (matériaux, forme, programmes iconographiques, inscriptions…) sont des objets précieux pour l'étude des croyances, des pratiques funéraires comme le montre Samuel Guérin. Les recueils qui les recouvrent sont souvent d'une incontestable richesse. Liés un contexte archéologique et historique, un / des personnage(s), les cercueils permettent aussi d'aborder d'autres aspects de l'histoire ou de la civilisation. Les noms, la filiation et les titres sont autant d'informations qui alimentent la mise en relation des éléments, qu'il s'agisse de stèles, de tombes, ou d'objets les plus divers. Justement, suivant le travail d'Alain Charron et Dominique Farout propos de l’inhumation d’un taureau Apis, le lecteur sera peut-être surpris du comportement du prince royal, le futur Psammétique III, prenant le deuil la mort de l'animal.
Notre nouvelle rubrique "Archéologie" s'ouvre sur une fouille exceptionnelle, celle de la Mission du musée du Louvre Saqqâra, et nous remercions sincèrement Catherine Bridonneau d'avoir bien voulu en rendre compte dans cette revue qui boucle ainsi ses douze années d’existence et fêtera bientôt son cinquantième numéro.
Thierry-Louis Bergerot
