N° 50 - Elites et Nécropoles (première partie) - juin-juillet-août 2008
- Editorial -
Les nécropoles d'Égypte sont, à juste titre – il faut bien l'avouer –, objet de fascination. Les découvertes de tombes inviolées et même celles de tombes vides ou presque excitent depuis très longtemps l'imaginaire. Et si ce n'est par les éventuels "trésors" qu'elles contiennent, c'est par leur décoration, par leur architecture ou plus simplement par leur histoire, réelle ou supposée – combien de fois, par exemple, et en combien de lieux différents a-t-on découvert le fameux tombeau d'Alexandre le Grand ? Et quelles passions cela déchaîne !
La première partie de ce dossier nous entraîne sur les traces de Pierre Montet qui, une première fois, à la veille de la Grande guerre, et une seconde fois, peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale, mit au jour des tombeaux d'une élite de la Ire dynastie à Abou Rawach. Après de longues années d'abandon du site, les archéologues de l'Ifao ont repris un travail scientifique destiné à faire le point sur l'ensemble de la documentation, sur "les potentialités du site", sur la place de ce cimetière dans l'ensemble des nécropoles de la région memphite et le statut de ses occupants.
Sur un site du Moyen Empire beaucoup moins connus, les tombes monumentales de Qau el-Kébir sont celles d'une élite provinciale : des nomarques dont le statut est "quasi-princier". C'est dans les collines que se trouvent principalement les sépultures, réellement remarquables, de trois hauts dignitaires du Xe nome de Haute-Égypte. Mais depuis les fouilles de Schiaparelli, au début du XXe siècle, l'enquête était à reprendre dans son ensemble. Il était nécessaire d'abord de comprendre la position des personnages dans le contexte de l'époque puis de définir l'apport des monuments : architecture des tombes, statues, stèles, objets...
On connaît généralement mieux Akhmîm, localité de Moyenne-Égypte, d'où est issue une élite fameuse du Nouvel Empire, plus précisément de la fin de la XVIIIe dynastie ; les personnages les plus illustres étant Youya, Touyou, la grande reine Tiy, le pharaon Aÿ, le généralissime et premier prophète de Min, Nakhtmin...
Si la nécropole d'Akhmîm a livré des tombes de l'élite Akhmîmy, c'est bien dans la Vallée des Rois que les plus importantes ont été découvertes. Il est intéressant de considérer de nouveau les sépultures des diverses nécropoles concernées afin d'apporter encore à l'histoire de la glorieuse XVIIIe dynastie.
Un volet spécifique à l'Orient montre des différences notables avec les traditions égyptiennes. Ici, pas de "trésors" comparables à ceux des tombes pharaoniques ; pas de déploiements architecturaux aussi grandioses et donc, pour l'amateur de trouvailles spectaculaires, une certaine déception. Pourtant, les inhumations des élites hittites, élamites ou assyriennes se révèlent d'un grand intérêt tant le rituel royal est original. La crémation, réservée à ces élites n'illustre certes pas les idées que peut concevoir l'esprit occidental actuel, mais ce dispositif suscite chez les scientifiques des questions essentielles. Dans les cas présentés, "le rôle du feu n'est pas la destruction" ! Par ailleurs, la réflexion sur l'identité et l'origine des défunts met en perspective les mariages entre cours royales étrangères dans les Proche et Moyen-Orient anciens.
Il y a tant à dire sur le thème proposé qu'il était impossible d'évoquer toutes les nécropoles d'élites égyptiennes, même si nous avons fait le choix d'un dossier en deux parties consécutives.
Les tombeaux royaux de la IVe dynastie, la tombe de Padiaménopé dans l'Assassif ainsi que les nécropoles d'Alexandrie feront l'objet du deuxième volume.
Nos rubriques Lectures et Expositions rendent compte de Reines d'Égypte, la très belle exposition de Monaco (12 juillet au 10 septembre 2008). Des pièces véritablement exceptionnelles et une scénographie hors du commun dans le domaine égyptologique peuvent nous faire regretter que cet événement estival n'ait pas été programmé sur plus de deux mois.
Thierry-Louis Bergerot
